En bref :
• Le bureau de l’éducation de Gyeonggi collabore avec le régulateur coréen du jeu pour lutter contre l’addiction au jeu chez les jeunes.
• Un pacte inédit intègre la prévention dans le quotidien scolaire : réduction du temps d’écran, activités alternatives, et vigilance collective.
• Ce modèle sud-coréen s’articule autour d’un plan stratégique large, combinant des initiatives locales à la coordination nationale.
• Le partenariat prévoit des ressources communes, une formation renforcée et un suivi des pratiques, tout en plaçant la santé mentale des élèves au centre de l’action.
• D’autres pays observent de près cette initiative, alors que la question du jeu chez les mineurs prend une ampleur mondiale.
Pourquoi associer le bureau de l’éducation de Gyeonggi au régulateur du jeu
Au cours des derniers mois, la province de Gyeonggi a pris une mesure forte contre l’addiction au jeu chez les jeunes, un phénomène qui s’intensifie avec l’expansion des smartphones. Le choix de réunir le bureau de l’éducation et le régulateur national, la Gambling Control Commission (KGCC), reflète la nécessité de mixer expertise de terrain et compétence de surveillance. Gyeonggi, qui reçoit une grande partie du financement national pour l’éducation mais reste confrontée à des défis en matière de dotations par élève, devait agir avec ingéniosité pour contrer des risques réels en termes de santé mentale et d’échecs scolaires.
L’union des deux instances permet de bâtir une réaction proportionnée à la nature évolutive du comportement de jeu chez les adolescents. La KGCC, bras armé du Premier ministre, détecte les flux illégaux, surveille les plateformes inconnues du grand public et apporte un appui technique pour identifier les nouveaux risques, comme l’apparition de microtransactions déguisées ou de variantes de jeux en ligne qui imitent les casinos physiques. Le bureau de l’éducation, de son côté, connaît chaque établissement, maîtrise l’écosystème scolaire et accède à tous les relais parents-élèves, essentiels pour enrayer la propagation des habitudes à risque.
Ce mode de partenariat n’est pas sans rappeler d’autres essais en Irlande ou en Nouvelle-Galles du Sud, où la création d’alliances entre acteurs éducatifs et régulateurs fait figure de référence depuis quelques mois. L’expérience coréenne, en plaçant la prévention du jeu directement dans les établissements, assume son rôle de vitrine pour l’Asie mais aussi d’inspiration pour les responsables français qui réfléchissent à des stratégies similaires. La collaboration garantit que l’action ne restera pas seulement institutionnelle mais qu’elle pénétrera dans le quotidien des élèves, jusque dans la gestion des temps de pause ou l’accompagnement en arts et en sports, à travers la fameuse stratégie “phone free” (zéro smartphone).
Ce choix de partenariat repose aussi sur la conviction partagée que l’addiction au jeu n’est pas seulement une affaire de surveillance policière. Elle requiert d’investir l’éducation dans son ensemble, à travers des initiatives concrètes et visibles. Cette posture place la prévention au centre du pacte, en combinant la vigilance réglementaire et l’influence quotidienne de l’école auprès des jeunes, tout en offrant un modèle d’action pérenne qui va bien au-delà des campagnes d’affichage ponctuelles.

Le pacte de prévention s’ancre dans le quotidien scolaire
L’accord signé à Osan Seongho Middle School matérialise une tendance déjà bien installée en Corée du Sud : celle de la “classe sans téléphone”. L’adoption de la stratégie “phone free” va de pair avec le développement de l’approche RAS — lecture, arts, sports — pensée comme antidote à la dépendance aux écrans et aux contenus à risque. Cette politique, qui fait de plus en plus d’émules, cherche à réorienter l’attention des élèves vers des activités collectives, riches en interactions et en expérimentations, loin du circuit fermé de leur smartphone.
L’intégration des séances de prévention dans les emplois du temps n’est pas vue comme une simple information descendante. Il s’agit d’une reformulation complète du cadre de vie scolaire : l’élève est invité à adopter de nouveaux comportements, à réfléchir au sens de ses gestes — par exemple, en participant à des ateliers de lecture où il doit deviner la fin d’une histoire, ou en rejoignant un club de création sportive où chaque point se gagne ensemble, jamais seul devant un écran.
On observe déjà, dans plusieurs établissements pilotes comme ceux de Suwon ou de Hwaseong, une baisse du temps passé sur les applications à risque. La démarche ne vise pas à stigmatiser mais à ouvrir le débat, en sensibilisant sans culpabiliser. Les jeunes sont accompagnés, notamment par des intervenants issus de la KGCC qui décryptent les mécanismes du jeu, démystifient les probabilités et montrent, pièce à l’appui, comment les plateformes arrivent à capter l’attention pour maximiser le temps passé.
Ce sont aussi ces initiatives qui font la différence par rapport à un simple discours de l’interdit. La réflexion sur l’addiction au jeu n’est pas déconnectée des autres sujets de santé mentale. Elle rejoint les préoccupations sur le harcèlement, les troubles de l’attention ou le besoin d’espaces sécurisés au sein de l’école. Ainsi, le discours du surintendant An Min-seok va dans ce sens, rappelant que la solution ne doit pas rester un “événement” ou une déclaration de principe, mais devenir une série de décisions ancrées dans les petits rituels quotidiens.
Cette façon de faire se retrouve dans des initiatives européennes analogues, comme celles évoquées au sujet des marchés du jeu en ligne dans cet article sur l’évolution du jeu en ligne ou encore le rôle des pouvoirs publics dans la réforme du jeu en Nouvelle-Galles du Sud, visible sur la protection des joueurs dans le monde anglo-saxon.
Prévention, santé mentale et rôle de l’école face au jeu
Prévenir l’addiction au jeu chez les jeunes, c’est reconnaître qu’il s’agit d’un problème de santé mentale à part entière. L’exposition répétée à des jeux d’argent ou à des dispositifs mimant leurs ressorts — loot boxes, jeux à gains aléatoires, paris sportifs en ligne — affecte non seulement le portefeuille, mais parfois l’équilibre émotionnel. En 2026, l’enjeu majeur dans la province de Gyeonggi devient donc la généralisation d’une approche pédagogique visant à renforcer les défenses psychologiques des élèves.
Les établissements membres du pacte proposent des formations spécifiques aux enseignants : comment détecter les signes d’une pratique à risque, à qui s’adresser en cas de question, quelles méthodes utiliser pour engager la discussion sans stigmatiser. Cela passe également par la valorisation du dialogue parents-professeurs, où chaque acteur se sent investi d’un rôle. Les parents, souvent dépassés face à la diversité des applications de jeu, trouvent là un appui pour reprendre la main et déjouer les techniques addictives déployées par certaines plateformes.
La santé mentale ne se limite pas à l’absence de troubles graves. Pour les élèves, apprendre à réguler ses émotions face à une victoire éclatante dans un jeu en ligne ou à une perte cuisante devient aussi important que de réussir un exercice de mathématiques. On favorise donc la prise de recul, la capacité à analyser un mécanisme aléatoire, à comprendre que la chance — ou la malchance — fait partie du jeu, mais n’est pas la base de sa valeur personnelle.
Là-dessus, les activités RAS apportent leur pierre à l’édifice. Un tournoi de football scolaire organisé en fin de trimestre, un atelier de dessin collectif ou une pièce de théâtre montée par deux niveaux réunis débouchent sur une construction de soi et du collectif, très éloignée des logiques solitaires de la plupart des jeux virtuels à composante aléatoire. L’intérêt de sortir de l’écran, dans ce contexte, n’est pas de rejeter la technologie, mais d’offrir une piste de décompression et de renforcement pour la santé mentale des élèves.
À travers toutes ces mesures, le pacte entre le bureau de l’éducation de Gyeonggi et le régulateur offre un canevas efficace pour penser la prévention autrement. Il capitalise sur la force du collectif, multiplie les aubaines pour agir avant que la situation ne dégénère et, surtout, installent durablement les bonnes réflexes pour la suite des parcours scolaires.
Vers un modèle national, du projet pilote à la généralisation en Corée
L’un des aspects déterminants du pacte signé dans la province de Gyeonggi, c’est la volonté affirmée d’aller du local au national. On ne se contente pas de douze écoles expérimentales : le partenariat prévoit la circulation d’experts, la mutualisation des ressources pédagogiques, l’analyse fine des retours terrain, et surtout, l’élaboration d’un modèle duplicable à toute la Corée du Sud. D’ici peu, chaque région devra être en mesure d’implémenter ses propres modules d’éducation préventive contre l’addiction au jeu et le recours excessif aux smartphones.
Ce mouvement fait écho à d’autres dynamiques internationales. Par exemple, en Europe comme aux Pays-Bas ou en France, la mobilisation contre les méfaits liés au jeu suit la même logique : on cherche à fédérer dispositifs réglementaires existants et programmes éducatifs innovants. Cela s’accompagne également d’une coopération accrue avec les plateformes de jeux et certains géants de la tech, un dialogue essentiel pour éviter la dissimulation des contenus à risque derrière des algorithmes opaques.
Dans la pratique, tout repose sur l’allongement du temps d’exposition positive à l’école. Plus l’élève multiplie les expériences structurantes, moins il se sent attiré par le mirage du gain facile. Par ailleurs, l’analyse des données recueillies dans les écoles pilotes de Gyeonggi permet de réajuster le tir en cas de nouveaux risques, nouvelles modes de jeux ou émergence de pratiques détournées. C’est ainsi que le bureau de l’éducation anticipe, adapte et affine ses outils, s’inspirant parfois de cas observés à l’étranger, comme lors de la lutte contre les jeux dangereux en milieu scolaire français quelques années auparavant.
La perspective d’une généralisation n’est pas perçue comme un carcan, mais comme un accompagnement collectif. Cela impose une harmonisation des pratiques, mais laisse de la marge pour des adaptations locales, par exemple dans la prise en charge des élèves issus de milieux vulnérables, ou dans le choix des activités alternatives proposées.
Enjeux internationaux et influences croisées sur la prévention du jeu chez les jeunes
Si la province de Gyeonggi marque les esprits avec son pacte local, l’impact de l’initiative dépasse largement les frontières coréennes. En Europe, plusieurs pays examinent de près le modèle, cherchant soit à s’en inspirer, soit à le compléter avec leurs régulations propres. Ainsi, le parlement néerlandais débat depuis peu d’une stratégie de promotion du dialogue avec les géants du numérique pour limiter l’exposition des mineurs, tandis qu’en France, des acteurs associatifs évaluent le rôle des campagnes de sensibilisation initiée par des groupes de parents ou d’écoles volontaires.
On constate aussi l’émergence d’un courant de fond, où l’on admet que la simple interdiction ne suffit plus. Les modèles qui tiennent la distance mettent l’accent sur la participation active des jeunes, la valorisation du dialogue intergénérationnel et la sensibilisation à la pluralité des comportements de jeu. À ce titre, la coordination européenne suit l’exemple coréen, en multipliant la production de fiches pédagogiques adaptées, de webinaires à destination des enseignants et d’actions locales.
La coopération internationale s’enrichit d’échanges au sein de groupes de travail — souvent précédés par une analyse des données recueillies dans les écoles et lors des discussions avec des spécialistes du jeu et de l’addiction. Par ce biais, le pacte signé en Corée du Sud montre la voie : il n’isole pas le jeune des réalités de sa génération mais lui fournit un cadre, des clés de lecture et des ressources pour s’épanouir en sécurité. De tels mouvements réunissent les enjeux de société, l’action publique et l’expertise scientifique, pour ajuster une prévention adaptée à la nouvelle donne numérique.
À l’heure où le marché des jeux en ligne explose — comme le souligne l’analyse de Polymarket et la multiplication des campagnes de sensibilisation — la vigilance sur le terrain éducatif reste l’une des garanties les plus fiables contre l’enracinement de mauvaises habitudes chez les plus jeunes. En combinant la rigueur coréenne, la créativité pédagogique et l’intégration des acteurs de terrain, le pacte Gyeonggi-KGCC donne le tempo pour les années à venir.
